Depuis le déclenchement de la guerre en Iran, le secteur aérien est confronté à une hausse brutale du prix du carburant. Face à l’explosion des coûts du kérosène, de nombreuses compagnies aériennes répercutent cette augmentation sur leurs tarifs en appliquant des surcharges carburant plus élevées.

Le conflit a fortement perturbé les flux pétroliers en provenance du Golfe, provoquant une envolée rapide des prix du carburant aviation. Les transporteurs du monde entier adaptent donc leurs grilles tarifaires afin de compenser la hausse soudaine de leurs dépenses d’exploitation.

Selon les données de l’Association internationale du transport aérien (IATA), le prix moyen du kérosène dans le monde a progressé de 58,4 % en une semaine, atteignant 157,41 dollars (environ 142 €) le baril. Avant le conflit, les prix évoluaient autour de 85 à 90 dollars le baril, tandis qu’ils oscillent désormais entre 150 et 200 dollars, selon un communiqué d’Air New Zealand publié le 10 mars 2026.

Cette augmentation ne s’explique pas uniquement par la hausse du pétrole brut. Le crack spread – la marge de raffinage qui sépare le prix du brut de celui du kérosène – s’est également envolé. Il est passé d’environ 22 dollars le baril avant la guerre à un pic de 115 dollars, amplifiant l’augmentation du carburant aviation.

Air France-KLM augmente ses surcharges

Le groupe Air France-KLM fait partie des premiers transporteurs européens à avoir ajusté ses tarifs. La compagnie a relevé la surcharge transporteur sur l’ensemble de ses vols transatlantiques.

L’augmentation atteint 30 € par billet aller-retour sur les liaisons opérées dans le cadre de la coentreprise transatlantique avec l’Amérique du Nord. Sur certaines routes, comme Paris-Montréal, le supplément international facturé par la compagnie atteint désormais 319 €.

Le carburant représente en effet une part majeure des dépenses du transport aérien. D’après l’IATA, il peut constituer entre 30 % et 40 % des coûts d’exploitation des compagnies. À l’échelle mondiale, la facture totale du carburant pourrait ainsi atteindre 291 milliards de dollars, en se basant sur l’hypothèse basse de 30 %.

Hong Kong Airlines et Air India annoncent également des hausses

Plusieurs compagnies asiatiques ont pris des mesures similaires.
Hong Kong Airlines a annoncé une augmentation pouvant atteindre 35,2 % de ses surcharges carburant à partir du 11 mars 2026, avec des hausses particulièrement marquées sur les vols vers l’Europe et les États-Unis.

Air India a également indiqué qu’elle introduirait progressivement de nouvelles surcharges sur ses vols domestiques et internationaux. La compagnie n’a toutefois pas communiqué les montants exacts. Elle précise que ces ajustements seront appliqués par étapes afin de s’adapter à la forte volatilité du prix du kérosène.

Air New Zealand suspend ses prévisions financières

La compagnie néo-zélandaise a adopté une position prudente face à l’incertitude actuelle. Dans un communiqué publié le 10 mars 2026 sur la plateforme NZX, Air New Zealand a annoncé suspendre ses prévisions financières pour l’exercice 2026.

La compagnie explique cette décision par une volatilité sans précédent des marchés du carburant aviation, liée à l’escalade récente du conflit au Moyen-Orient.

Lors de la publication de ses résultats semestriels le 26 février 2026, Air New Zealand avait fondé ses projections sur un prix moyen du kérosène d’environ 85 dollars le baril pour le second semestre. Ce scénario n’étant plus réaliste, le transporteur a déjà procédé à des ajustements tarifaires et n’exclut pas de nouvelles mesures.

La compagnie estime consommer environ 2,9 millions de barils de carburant entre mars et juin 2026. Elle indique être couverte à 83 % contre les fluctuations du prix du Brent, mais reste exposée aux variations du crack spread, comme la plupart des compagnies aériennes.

SAS réagit face à la hausse des coûts

La compagnie scandinave SAS, dont Air France-KLM souhaite prendre le contrôle majoritaire, a également revu ses tarifs.

Interrogé par l’agence Reuters le 10 mars 2026, un porte-parole de la compagnie a indiqué que des augmentations de cette ampleur rendaient nécessaire une réaction afin de garantir la stabilité des opérations.

SAS a ainsi mis en place un ajustement tarifaire temporaire pour absorber la hausse du carburant. La compagnie se trouve toutefois dans une situation délicate : elle a modifié sa politique de couverture carburant l’année précédente et ne dispose actuellement d’aucune couverture pour les douze prochains mois, ce qui la rend particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix.

Les compagnies du Golfe fortement perturbées

Les transporteurs basés au Moyen-Orient sont confrontés à des difficultés supplémentaires. Outre l’augmentation du carburant, le conflit perturbe fortement le trafic aérien régional.

D’après les données de la société d’analyse Cirium, plus de 43 000 vols à destination ou au départ du Moyen-Orient ont été annulés entre le 28 février et le 10 mars 2026.

Des compagnies majeures comme Emirates, Qatar Airways et Etihad représentent environ un tiers du trafic passagers entre l’Europe et l’Asie, et transportent plus de la moitié des voyageurs reliant l’Europe à l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Pacifique.

La fermeture de certains espaces aériens oblige les compagnies à effectuer des détours coûteux et à réorganiser leurs réseaux. Le 10 mars 2026, plusieurs avions en approche de Dubaï ont même été placés en attente en raison d’une possible attaque de missiles, illustrant les risques opérationnels dans la région.

Des stratégies différentes en Europe

Les compagnies européennes ne sont pas toutes exposées de la même manière, en fonction de leur stratégie de couverture carburant.

Le groupe IAG (maison mère de British Airways et Iberia) a indiqué être suffisamment couvert à court terme et ne prévoit pas, pour l’instant, d’augmentation tarifaire. British Airways a toutefois décidé d’avancer la fin de ses vols hivernaux vers Abou Dhabi, invoquant l’incertitude liée à la situation régionale.

De son côté, Finnair, qui avait couvert plus de 80 % de ses achats de carburant pour le premier trimestre, avertit que la crise pourrait également affecter la disponibilité du kérosène, et pas seulement son prix.

La situation est d’autant plus sensible que le Koweït, important fournisseur de kérosène pour l’Europe du Nord-Ouest, a dû réduire sa production, alimentant les craintes de tensions sur l’approvisionnement.